Imaginez un accessoire si distinctif qu’il suffit à transformer un visage en capitaine redouté. Voilà le pouvoir du fameux couvre-chef des pirates, ce détail vestimentaire qui fait basculer un costume banal dans la légende. Chemise ample, pantalon râpé, veste élimée, bottes marquées par les embruns : chaque élément compte, mais aucun n’incarne autant la piraterie que le chapeau. On l’imagine large ou fin, parfois orné de plumes, souvent cabossé par les tempêtes. Ce fameux chapeau n’est pas qu’un simple ornement : il a un nom bien précis, souvent méconnu. Oubliez les approximations, la réponse se cache juste ici.
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Le Tricorne : le chapeau officiel de pirate
Dans l’univers des pirates, le tricorne règne en maître. Ce modèle, reconnaissable entre mille, n’était pas à la portée de tous : il signalait le capitaine lui-même, souvent orné de plumes pour marquer encore davantage la différence. Sur le pont, les marins se contentaient d’autres couvre-chefs. Le tricorne, lui, servait de signe distinctif implacable entre celui qui commande et ceux qui obéissent. Un simple coup d’œil suffisait à repérer le meneur.
Sa silhouette, à la fois massive et élégante, est devenue indissociable de l’imagerie pirate. Pourtant, son histoire ne s’arrête pas aux mers du Sud. Les armées européennes l’ont largement adopté, faisant du tricorne un symbole, à la fois martial et aventurier, qui traverse les époques.
Histoire du tricorne
Apparu vers 1690, le tricorne s’est d’abord imposé dans les rangs militaires. Sa forme triangulaire, trois bords relevés sur la calotte, n’a pris ce nom qu’au siècle suivant, au XIXe siècle, mais la silhouette était déjà bien connue. Si les cavaliers ont relevé les bords de leurs chapeaux, c’était d’abord par nécessité : les larges chapeaux d’autrefois s’affaissaient et gênaient la vue en pleine charge. Remonter trois pans réglait le problème et donnait naissance à ce style singulier.
Bien avant les cavaliers, les mousquetaires européens avaient déjà pris l’habitude de relever un bord, sur le côté ou à l’avant, ajustant ainsi leur couvre-chef à leurs besoins du terrain.
Le succès du tricorne auprès des militaires a rapidement rejailli sur la société civile et les pirates. Ce chapeau est ainsi devenu le symbole d’une époque et d’un mode de vie. Toutefois, au fil du temps, la mode évolue : à la fin du XVIIIe siècle, le tricorne cède du terrain face à la mitre ou au grenadier, d’autres formes de couvre-chef qui s’imposent sur les champs de bataille et dans les salons.
L’abandon du tricorne
Pendant la période napoléonienne et les campagnes d’Italie, le tricorne disparaît peu à peu des rangs militaires. Le shako en cuir à visière s’impose alors, mieux adapté aux exigences du moment. Du côté civil, le tricorne disparaît également dans les années 1770, remplacé par le bicorne. La raison ? Les perruques prennent de l’ampleur, rendant impossible le port du tricorne. Le bicorne présente l’avantage d’être presque plat, facile à tenir à la main ou sous le bras, sans risquer de décoiffer.
Ce nouveau couvre-chef, le bicorne, ne se contente pas de la sobriété : il se pare parfois de rubans ou de plumes rares. Utilisé en ville, il se porte à la main, préservant la mise en plis sophistiquée des élites du temps.
Le port du tricorne en Espagne
L’année 1766 marque un épisode singulier : le ministre espagnol des finances et de la guerre entend imposer le port du tricorne à toute la population, espérant ainsi lutter contre le camouflage offert par la cape et le sombrero redondo. Mais la mesure provoque la colère populaire et de vives émeutes, précipitant la chute du ministre.
Malgré les polémiques, le chapeau de pirate conserve sa place dans l’uniforme de la garde civile espagnole, symbole d’élégance et de cohésion. Ce choix vestimentaire, loin d’être anodin, rappelle la puissance d’un accessoire pour fédérer ou diviser.
Les différentes variantes du tricorne dans l’histoire de la piraterie
Au fil des siècles, le chapeau de pirate s’est décliné en plusieurs versions, chacune portant l’empreinte de son époque. Parmi les modèles les plus célèbres, on retrouve le tricorne, bien sûr, mais aussi le bicorne et le chapeau à cornettes.
- Le tricorne, incontournable chez les pirates du XVIIIe siècle, se distingue par ses trois pans relevés, offrant à la fois protection et visibilité lors des manœuvres sur le pont.
- Le bicorne, rendu célèbre par Napoléon et ses marins, arbore deux cornets latéraux, surmontant une calotte ronde, une silhouette reconnaissable entre toutes.
- Le chapeau à cornettes, né sous Louis XIV, séduit certains pirates par ses larges bords recouverts de tissu noir et ses longues cornettes tombantes de chaque côté.
Au-delà des différences de style, ces variantes partagent une même fonction : affirmer l’appartenance à l’univers fermé de la piraterie. Aujourd’hui encore, ce détail vestimentaire séduit les passionnés de reconstitutions et les amateurs de flibuste, preuve de sa force symbolique intacte.
Comment porter le tricorne pour avoir un look de pirate réussi
Le tricorne attire tous les regards, mais le porter avec panache demande un minimum de savoir-faire. Pour une allure de flibustier authentique, mieux vaut choisir un modèle adapté à sa morphologie : un cuir robuste, patiné par le temps, fera toujours son effet, à la fois fidèle à la tradition et résistant aux caprices du climat.
L’association vestimentaire joue un rôle clé : une chemise ample à dentelle, une veste longue à épaulettes, des bottines en cuir noir, une ceinture large à boucle imposante… Chaque élément renforce l’allure générale et contribue à la cohérence du costume.
Côté port, deux options s’offrent à vous : légèrement incliné vers l’avant pour dégager le visage, ou parfaitement droit, posé sur le sommet du crâne, pour une prestance affirmée. À chacun d’adapter selon ses envies et le message qu’il souhaite faire passer.
Les couleurs et les matières permettent d’ajouter une touche d’originalité : le marron foncé évoque le vécu et l’aventure, le noir s’accorde aisément avec toutes les tenues. Un costume complet, bien pensé, transforme le simple port du tricorne en véritable déclaration d’intention.
Choisir le bon tricorne, l’associer à la tenue adéquate, jouer sur les détails : voilà de quoi entrer, le temps d’une fête costumée ou d’une reconstitution, dans la peau d’un capitaine respecté. Reste à assumer ce rôle, avec la même assurance que les pirates d’autrefois, et à laisser le mythe continuer de vivre, panache au vent.
